De Vilains Mots dans la Bouche de Bons Enfants

Une réponse de Patty Wipfler, fondatrice de Hand in Hand, directrice des programmes et instructrice/ Traduit de l’anglais par Malou Le Gouais et Carol Kellendonk

« Mes enfants me rendent folle quand ils utilisent le mot « M… » et quand ils traitent leurs parents et frères et sœurs de « stupides » lorsqu’ils sont en colère. Il me disent, « Tu es stupide » ou « Stupide Maman! » J’imagine que peu à peu, mes enfants vont apprendre de plus en plus de jurons et j’aimerais savoir comment les accompagner au mieux pour leur apprendre à surveiller leur langage. Que me suggérez-vous ? »

Merci pour votre questionnement au sujet des enfants qui disent des gros mots à la maison. C’est la suite parfaite du débat que nous avons eu sur le ton et les mots qu’ils emploient pour nous parler dans l’article, « Don’t Take that Tone with Me ! »

Pourquoi les enfants acquièrent ils un langage grossier ?

Les enfants commencent à utiliser des mots qui nous font dresser les cheveux sur la tête après les avoir entendus par d’autres, ou après que ces mots leur aient été adressés. Les adultes utilisent ce genre de langage quand ils sont énervés, et leur comportement s’insinue chez les enfants habituellement avec la tension émotionnelle qui accompagne ces mots. Parce qu’un comportement agressif est contagieux comme un mauvais rhume, il se propage de l’adulte à l’enfant puis d’un enfant à un autre, et tôt ou tard tous les enfants de la planète seront exposés à des injures ou de mauvais comportements verbaux. Ce n’est donc pas la faute de votre enfant s’il a acquis un langage grossier, pas plus que lorsqu’il a le nez qui coule. (Si votre enfant frappe, pousse ou est violent lorsqu’il utilise ce genre de langage, vous trouverez des informations aidantes dans notre article Aider les Enfants avec l’Agression).

Quand les enfants utilisent un langage grossier, ils peuvent ne pas comprendre ce que les mots signifient littéralement: c’est le ton qui s’imprime en eux, et c’est le ton qui doit alerter les parents. Cette charge émotionnelle électrique irrite son délicat système interne et les mots s’impriment dans son cerveau innocent comme des petits morceaux de boue. Par la suite, quand l’enfant se sent isolé, menacé ou énervé, les gros mots sur et le ton agressif ressortent aussitôt, tels qu’ils les a entendus.

Ce n’est pas vraiment son intention de dire ces mots, mais il est littéralement incapable de penser à une autre façon de signaler qu’il se sent mal. Il est énervé. Son comportement signifie, « tu vois à quoi je suis exposé? C’est méchant et ça me perturbe. Je vais te montrer comme c’est horrible. » Puis il vous raconte ce qu’il a entendu ou vécu à l’école ou dans la rue.

Les interventions traditionnelles ne sont pas efficaces sur les enfants qui utilisent des mots grossiers.

Si vous dites à l’enfant d’arrêter, et que vous vous mettez en colère contre lui, il s’arrêtera peut être par peur, mais la colère et la peur entravent son intelligence. Il est très probable qu’une expérience de violence de plus ne fera que le faire recommencer bientôt. S’adresser à un enfant avec agressivité ne fait qu’aggraver la tension dans laquelle il est. Ce n’est pas la meilleure façon de faire, bien que des générations de parents aient réagi de cette manière trop vive. L’enfant utilise ce langage silencieusement, dans sa tête, il rumine sa colère, et tout cela explose plus tard après avoir bien macéré. Nous avons tous eu cette expérience: « Vas y. Fais moi taire maintenant. Tu paieras plus tard », c’est l’attitude amère qu’entraîne une punition.

D’un autre côté, raisonner un enfant qui parle grossièrement ne marche pas bien non plus. Raisonner peut servir parfois à le distraire quelque temps, mais cela n’atteint pas la tension émotionnelle qui l’habite, la tension qui sert de scène pour ce comportement violent. C’est la cause véritable de ses troubles, et c’est cette tension qu’il faut adresser.

Il est important de ne pas laisser s’installer ce comportement injurieux. Les enfants craignent que l’on ignore leur comportement blessant, et il pèse sur tout le monde dans leur environnement. Il faut trouver une réponse qui honre leur bonté, et qui freine vraiment leur dureté. 

Commencez par vous-même !

Si vous réagissez avec de la tension, de la colère ou des débordements, vous n’aurez guère de souplesse avec votre enfant, tant que vous n’aurez pas géré votre trop plein de sentiments. Il y a des questions importantes auxquelles les réponses vous aideront à apaiser la situation de façon à pouvoir vraiment aider votre enfant.

Trouvez quelqu’un à qui vous pourrez demander de vous écouter, juste vous écouter, pendant que vous parlez de ce qui se passe en vous lorsque quelqu’un utilise un langage injurieux. Vous n’avez pas besoin de conseils. Vous avez besoin de l’attention et du soutien de quelqu’un pendant que vous explorez ce qu’il y a derrière votre explosion de colère au moment où votre enfant a besoin de votre aide.

Cette montée d’adrénaline provient d’une tension qui résulte de votre propre expérience. Avez vous été sévèrement punie pour avoir parlé de la sorte? Avez vous été témoin d’une punition  de vos frères et sœurs? Quel genre de langage vos parents ont ils usé quand ils étaient en colère? Que déclenche en vous le mot utilisé par votre enfant en rapport avec votre propre expérience? Ces questions sont importantes et y répondre peut vous mettre en contact avec ce que vous avez ressenti étant enfant, comment on vous a traité, et vous rappeler cette attente de  proximité. Une bonne crise de larmes et un bon fou rire vous aideront à vous relaxer.

Essayez de vous rappeler que tout va bien aller pour votre enfant ! Il a besoin d’un peu de guidance mais ce n’est pas parce qu’il passe par quelques épisodes de mots grossiers qu’il est sur le chemin de la catastrophe !

Puis observez.

Cela peut sembler étrange, mais observez. Quand votre enfant utilise-t-il ces mots? Dans quel type de situation? Juste en rentrant de l’école ou de la garderie? Quand ses frère et sœur jouent avec ses jouets? Seulement avec certains enfants? Lorsque vous avez été très occupé dans les dix dernières minutes? Un quart d’heure? Quand il doit s’adapter à un changement? Essayez de trouver quelles sont les situations où il se sent exclu, seul, ou assez déconnecté pour agir violemment. Il y a des indices sur les lieux où il perd confiance en lui. Par exemple, un enfant de ma connaissance qui entrait à la maternelle, ne jurait que lorsqu’un groupe d’enfants avaient choisi une activité. En entrant dans le groupe, il devait avoir peur qu’il n’y ait pas de place pour lui. Alors il injuriait les autres! Après avoir compris qu’elles situations ébranlent la confiance de votre enfant, essayez de lui offrir votre soutien. Voici quelques façons de procéder.

Utilisez le Temps Particulier de façon stratégique.

Essayez le Temps Particulier . C’est un outil très simple mais puissant spécialement quand on l’utilise juste avant ou après des situations difficiles. Par exemple faites dix minutes de Temps Particulier juste quand vous rentrez à la maison le soir, s’il est grossier en fin de journée. Ou bien s’il a tendance à être insolent dès dix heures du matin les samedis, commencez alors la journée avec vingt bonnes minutes de Temps Particulier. Ou encore offrez lui cela plusieurs fois par jour, juste cinq minutes s’il provoque ses frères et sœurs. Cela peut servir à aider un enfant à se sentir mieux connecté et à se reconnecter. C’est un outil préventif – faites en avant que les ennuis commencent et voyez si ça aide.

Posez les limites avec chaleur et, quand vous le pouvez, avec humour.

Le Temps Particulier ne fera pas disparaître l’emploi de gros mots, mais les limites que vous poserez serviront à diminuer la peur ou l’agressivité de votre enfant. Vous devez l’empêcher d’être grossier mais avec bienveillance. Vous n’avez pas à jouer le rôle du parent sévère à chaque fois qu’il dit un gros mot. Mais vous devez absolument régler ce problème dès la première fois où il se pose. Mais pas besoin de faire le méchant. Cela marche beaucoup mieux si vous pensez que votre enfant est bon, tendre et affectueux, et qu’il est juste emprisonné pour le moment dans des sentiments négatifs. Pour l’aider à s’en libérer, essayez l’une des interventions suivantes:

  • Prenez le de façon naturelle dans vos bras et dites  » Ahhh J’ai entendu ce mot P….! Je t’ai entendu dire  » P… Génial! » Faites lui des câlins, pressez vous contre lui, et voyez si vous pouvez le faire rire en lui manifestant toute votre affection.
  • Dites lui  » quand je t’entends dire « P…. » , moi je dis  » ah voilà le P….  de balai brosse! » 

Puis jouez un peu au P de balai brosse en lui courant après les bras écartés en mimant un lève palette et en essayant de l’attraper dans vos bras ou de le lancer par dessus votre épaule et de le faire rebondir.

  • Dites  » Ohhh! Je vais attraper tous ceux qui disent ce P de mot! Attention j’arrive! » 

Et courez lui après en faisant bien attention de ne pas l’attraper trop vite. Quand vous y parvenez enfin, faîtes lui un câlin vigoureux et luttez un peu avec lui avec affection et chaleur.

Pourquoi faire cela? Parce que votre enfant vous signale qu’il ne peut pas réfléchir – l’emploi d’un langage grossier veut dire qu’il est hors connexion, qu’il ne se sent plus en lien  avec le reste de la famille. En jouant avec lui avec humour, en rétablissant le rire et l’affection, en luttant, se battant avec lui et en lui courant après dans le mode du jeu, sans essayer de le punir, cela va l’aider à retrouver le sentiment de ce que c’est de faire partie de la famille. Votre protestation, aussi loufoque soit elle, lui sert de modèle pour protester quand on l’injurie ou quand les autres se font injurier et que vous n’êtes pas là pour faire baisser la violence. Le rire et le jeu physique l’aideront à se détendre, à se libérer des sentiments négatifs qui l’envahissent, et à lui montrer la voie vers une attitude coopérative au sein de la famille. Ne vous étonnez pas s’il veut jouer encore et encore au « P de jeu »: il peut ressentir l’effet apaisant du rire et de l’affection que vous lui offrez et vouloir s’en imprégner le plus possible. Il essaie de guérir des effets du comportement qui a déréglé son système. Son intuition est bonne.

Parfois une bonne crise de larmes n’attend qu’un bon écoutant.

Si l’emploi d’un langage grossier sous entend de la tristesse ou de la peur, ces sentiments éclateront quand vous lui direz qu’il est temps de cesser le P…de jeu, ou simplement quand vous l’attraperez, l’entourerez de vos bras et lui direz gentiment  » je ne peux pas te laisser dire ça. Que s’est il passé pour que tu aies voulu me traiter de P… »?

Vous n’êtes pas obligé de toujours passer par l’humour : parfois, en s’approchant de lui et en offrant un contact visuel et en établissant des limites avec chaleur, cela l’aidera à comprendre à quel point il se sent mal. Il aura envie de s’enfuir, ou de vous injurier encore plus, ou de vous envoyer des coups de poing ou de pied. Restez à proximité, empêchez le de faire mal à quelqu’un et suivez le s’il s’en va. Il a besoin de votre proximité pour pouvoir se reconnecter avec vous. Il a besoin de quelqu’un qui l’écoute.

Quand lui-même a été injurié, il a été blessé et probablement effrayé, mais il n’y avait personne avec qui partager son ressenti.Maintenant il vous a, vous. C’est maintenant qu’il peut se libérer de la contrariété, de la confusion et de la colère qui l’ont envahi. Il se peut qu’il vous prenne comme tête de turc. Mais s’il pleure, qu’il transpire ou qu’il se débat, le fait de l’écouter est un ressourcement qui va soulager la tension accumulée derrière son comportement. Il se peut qu’il ne pleure pas tout de suite quand vous l’empêchez de jurer, mais trouvez une petite excuse cinq minutes plus tard: il y a trop de fromage sur ses pâtes ou il a renversé de l’eau sur sa chemise. Ne pinaillez pas sur le motif qui l’a fait pleurer, peu importe si c’est insignifiant. Ça lui donne une opportunité de se décharger de ce qui le trouble et l’ennuie. ECOUTEZ-LE. Il est entrain d’évacuer les sources du langage grossier dans lequel il était enfermé. Lorsque quelqu’un l’injuriait ou injuriait ses amis, il ne protestait pas car il était trop bloqué ou confus  pour le faire. Maintenant qu’il est en sécurité avec vous, il peut aller au bout de la contestation qu’il aurait tant aimé engager, s’il avait eu de soutien à ce moment là.

Écoutez le, soyez patient, continuez à lui montrer calmement ses pâtes trop pleines de fromages ou la tâche sur sa chemise, mais laissez lui d’abord beaucoup de temps pour éprouver se sentiments. Il finira par revenir à son fonctionnement habituel et vous remarquerez très vite des changements positifs dans son comportement

On appelle cela une Écoute Attentive. Nos parents ne connaissaient pas cela pour nous venir en aide. Ce n’est pas facile à faire. Mais c’est la meilleure méthode que je connaisse pour aider les enfants a aller au-delà de comportements qui les ont d’abord effrayés puis qu’ils ont adoptés.

Faites-nous savoir comment ça marche.