La colère des enfants : et si on n’avait pas toujours besoin de savoir d’où elle vient ?

Un article de Sarah Maclaughlin instructrice Hand in Hand / Traduit de l’anglais par Soizic Le Gouais ( article original : You don’t need to know what causes a tantrum. Here’s why. )

Pas besoin de tout comprendre quand notre enfant est en colère.

Les crises de colère sont des émotions fortes qui sortent dans une grande explosion. Je sais que tous ces sentiments, tristesse, chagrin, frustration, colère, rage sont valables. Mais avec le temps, les petites blessures, les peurs et les inquiétudes peuvent s’accumuler. Et en tant que parent, je me demande souvent :“ Mais à quoi rime cette crise de colère ? ” Pourtant, je trouve que chercher les causes des crises de colère ne fait que m’empêcher d’être pleinement présente avec mon enfant quand il est contrarié ou bouleversé. Je sais que si j’arrive à mettre de côté mes jugements un peu durs ou mes attentes parfois déraisonables, j’arrive alors à mieux le guider à travers ses sentiments difficiles.

Parfois, nous avons le sentiment que notre enfant a bien digéré une expérience difficile pour lui. Et pourtant, c’est au détour d’une crise de colère, en apparence sans rapport, qu’il va nous faire comprendre que ce n’était pas le cas.

Un matin, quand Julien avait environ 5 ans, il s’est réveillé du mauvais côté du lit. Sans crier gare, il m’a posé des questions sur une sorte de goûter aux fruits que je lui avais déjà acheté une fois.

Une seule fois.

Et il y a des mois.

Garder une voix chaleureuse et accueillante aide.

Alors que je m’étirais et me réveillais, il a continué à me poser des questions sur ce goûter. Il m’a fallu quelques minutes pour comprendre qu’une sacrée colère se préparait. Je ne lui avais pas acheté ce goûter aux fruits et il le voulait!

“ Aaaaaah, mais je sais de quel goûter aux fruits tu parles ; c’est ceux qui sont tordus ? ”

– Oui, les rouges tordus! J’en veux un MAINTENANT! Tu dois aller m’en chercher ! ”, m’a-t’il dit d’un ton remonté et grincheux.

-Non, ai-je répondu, en gardant ma voix douce et basse, sans relever son impolitesse. Je ne vais pas aller en chercher.

-SIIIIII! JE VEUX CES GOÛTERS AUX FRUITS! JE LES VEUX MAINTENANT! ”

-Non, ai-je répété, d’une voix ferme et douce. On ne va pas en manger maintenant.

Pas besoin de faire honte à son enfant ou de se mettre en colère quand on utilise cette approche.

Il a soudainement explosé de colère. Il se tortillait sur le lit, essayant de me donner des coups de pieds et grognant de rage. J’ai mis un oreiller entre nous et lui ai dit que je devais protéger mon corps de ses coups de pied. Il a pleuré et gémi et a continué à donner des coups de pied. Je me suis tenue à l’écart de ses coups et je ne lui ai fait aucune remarque. J’ai observé son corps et sa respiration et j’ai fait sorte qu’aucun de nous deux ne se fasse mal.

Je ne lui ai pas fait honte d’avoir perdu le contrôle. Je ne me suis pas énervée qu’il fasse une demande complètement déraisonnable à 6h30 du matin ou qu’il panique parce que je lui ai dit non. Mon mantra était: il a de grands sentiments et ils seront finis quand ils seront finis. J’ai imaginé à quel point il avait dû se sentir impuissant dans le fauteuil du dentiste plus tôt cette semaine-là. Après le rendez-vous, il avait dit que cela “avait fait plus qu’un peu mal”, mais n’avait pas versé de larmes. J’ai porté mon attention là où il devait en avoir besoin. Après quelques minutes de pleurs, de tremblements et de transpiration, je lui ai dit:

” Tu veux venir sur mes genoux pour un câlin?

-Oui, m’a-t-il répondu en rampant jusqu’à moi.

Il est venu sur mes genoux et a pleuré fort pendant quelques minutes de plus. Puis il s’est crispé et m’a demandé à nouveau le goûter aux fruits. Après que je lui ai dit non, il a recommencé à se débattre.

Débloquer la situation en proposant un Jeu-écoute

“Je te propose quelque chose”, lui ai-je dit quelques minutes plus tard. “Tu as l’air vraiment énervé. Si on allait dans l’autre pièce et qu’on jouait avec la couverture ?

Il a accepté et nous avons traversé le couloir ensemble.

“Alors : je vais t’enrouler dans cette couverture et toi, tu dois te frayer un chemin pour sortir. Ce sera comme si tu étais un ver de terre .” Il a accepté et je l’ai enroulé dans la couverture, confortablement et en toute sécurité. Il a grogné, s’est battu et a finalement levé ses bras et s’est tortillé avec bonheur jusqu’à la sortie.

“Tu as réussi !” j’ai crié.

Il l’a fait trois fois, puis il a voulu que j’essaie. J’ai prétendu que c’était vraiment difficile de sortir et je lui ai demandé de m’aider. Quand je suis finalement sortie, j’ai fait comme si j’étais tellement fatiguée que je pouvais à peine bouger.

“Tu veux le refaire encore une fois?” j’ai demandé. Il a accepté. Après cela, j’ai proposé de descendre prendre le petit déjeuner et nous préparer pour l’école. Il m’a suivie sans la moindre résistance.

Non, écouter et jouer avec son enfant ne veut pas dire qu’on a “cédé”.

Cette approche de la colère peut sembler laxiste et , et permettre des coups de pieds, des cris et des explosions d’émotions demande de l’énergie. Mais voici le résultat : après coup, mon enfant s’est senti calme, centré et prêt pour sa journée.

Cela nous a pris tout au plus une vingtaine de minutes et le sujet du goûter aux fruits a ensuite complètement disparu.

Ce n’était pas important que je comprenne que sa colère était peut-être due à la visite chez le dentiste ou pas. Bien sûr, se faire soigner une carie n’est pas drôle et c’était peut-être la cause. Mais ce qui était essentiel, c’était de rester présente et calme pendant qu’il traversait sa crise

Quand une colère explose, l’essentiel est de se rendre présent pour notre enfant le plus rapidement possible. Si la raison de la colère est évidente : tant mieux. Si on n’arrive pas à comprendre ce qui l’a déclenchée, peu importe. Avant tout, c’est de notre attention sur le moment présent dont a besoin notre enfant,  afin de l’aider à traverser ce moment difficile.

Je pense que c’est ma façon d’être présente pour mon fils, qui lui a permis d’aller de l’avant, en sachant que ses sentiments et leur expression étaient acceptés par les adultes autour de lui. Il s’est alors senti à nouveau accepté et apaisé.

Mission accomplie pour moi en tant que maman, jusqu’à la prochaine crise !