Quand des émotions coupent momentanément les enfants de leur nature coopérative et partageuse

Nous nous trouvions quelques amies et moi, ainsi que nos enfants, dans un parc. Le fils d’une de mes amies, âgé de deux ans et demi avait apparemment apporté avec lui, un bâton en bois qu’il avait trouvé auparavant. A un moment donné, l’un de mes fils (trois ans et demi) a trouvé ce même bâton, laissé par terre et a voulu le prendre. Mais le fils de mon amie a vu cela et a couru aussi vite qu’il a pu vers le bâton qu’il voulait récupérer. Comme nos enfants, assez jeunes, étaient sur le point de s’agresser mutuellement pour ce bâton, mon amie a été la première à arriver auprès d’eux, pour assurer leur sécurité et tenter de gérer la situation. Appliquant toutes les deux dans nos familles l’idée de « je vais t’aider à attendre », mon amie s’est d’abord adressée à son fils en lui indiquant que mon fils avait trouvé son bâton par terre et qu’il allait le garder jusqu’à ce qu’il ait fini de jouer avec. Mais nos deux enfants étaient tous deux accrochés à ce bâton, chacun prêt à tirer dessus de toutes ses forces, jusqu’à risquer de faire mal à l’autre de façon tout à fait incontrôlée.

A ce moment là, je m’étais approchée de la scène moi aussi et je voyais bien que mon amie ne parviendrait pas à faire lâcher le bâton par son fils sans utiliser la force. Elle m’a dit que d’après ce qu’elle avait observer il était possible que son fils porte quelques tensions émotionnelles, ce qui explique qu’il se soit mis spontanément à pleurer tout en tirant ce bâton qui lui résistait. D’un autre côté, mon fils était lui aussi accroché au bâton et en me rappelant de son manque de coopération déjà présent avant d’arriver au parc, je n’ai pas été surprise qu’il se mette à pleurer lui aussi. Mon amie et moi sommes donc toutes deux Restées-écouter nos enfants, qui hurlaient et rageaient vivement tout en tirant avec force sur ce bâton, que nous maintenions nous-mêmes en équilibre entre les deux. Leurs crises respectives ont duré une bonne quinzaine de minutes, le temps dont chacun avait certainement besoin pour décharger un paquet d’émotions retenues jusque là. Pour mon amie et moi, ça a d’ailleurs été assez soutenant de vivre et d’observer cette scène, ensemble. En effet, en tant que parent, nous nous trouvons plus souvent seuls et démunis face à ce genre de situation…

Au bout de dix à quinze minutes, l’un de nos fils avait visiblement pleuré tout ce qu’il avait besoin à ce moment là, si bien qu’il a lâché le bâton et s’en est allé. Tandis que le deuxième a continué de pleurer dans le bras de sa maman, tout en tenant toujours le bâton, jusqu’à apaisement. Au final, je crois qu’aucun des deux n’a continué à jouer avec ce bâton pendant plus de deux minutes après cette crise…

Une anecdote illustrant un outil d’écoute nommé Poser les limites, racontée par Chloé Saint Guilhem

Chloé Saint Guilhem est psychologue et psychothérapeute et s’est formée à l’approche Grandir Main dans la Main pour devenir instructrice en 2016. Elle propose des consultations et des ateliers en France pour favoriser des relations proches et de confiance entre parents et enfants.