Le bol jaune ou comment un prétexte anodin peut servir à libérer des sentiments douloureux.

Une amie et moi passions nos vacances ensemble, avec nos cinq enfants de trois à six ans, à nous deux. Nos enfants ne se connaissaient d’ailleurs pas avant ces vacances. Cela faisait donc quelques jours que nos amis étaient arrivés et à plusieurs reprises j’avais perçu un peu de tristesse ou de contrariété chez l’un de mes fils. La veille, il avait eu du mal à accepter que je quitte sa chambre avant qu’il ne se soit endormi ; puis je l’avais senti un peu chagriné ce matin là, au réveil. Il avait le visage fermé et se cachait dans un coussin. J’ai donc pris quelques minutes à proposer du Jeu-écoute pour me connecter avec lui, mais sûrement pas aussi longtemps qu’il en avait besoin.

Un peu plus tard, nous étions donc en train de nous mettre tous à table pour le petit déjeuner et mon fils ne s’est pas trouvé satisfait de la place qui se présentait à lui à priori. J’ai donc vérifié avec lui quelle place lui conviendrait, à côté de qui il voulait s’asseoir et nous avons facilement trouvé un arrangement. Puis il a dit : « Mais je voulais le bol jaune, comme mon frère. » Là j’ai commencé à me dire qu’il y avait peut être bien un besoin de reconnexion et quelques émotions pas loin… Mais quand même puisqu’il y avait un autre bol jaune très similaire à la table, je le lui ai proposé. Sauf que cet autre bol jaune avait une rainure bleue sur le bord et qu’il ne lui convenait donc pas du tout…

A ce moment là, il m’a semblé opportun de poser une limite. Je me suis déplacée doucement près de mon fils, et comme il était assis sur sa chaise, je me suis agenouillée de façon à pouvoir le regarder dans les yeux. De là je lui ai dit : « Il n’y a pas d’autre bol jaune comme ton frère… » Il s’est immédiatement mis à pleurer. C’était un pleur très doux, mais profond et les larmes coulaient sur ses joues. Je sentais de la tristesse derrière ses pleurs. Quelques fois j’ai insisté sur le « prétexte » qui l’avait amené à pleurer en lui disant : « Une autre fois tu pourras avoir le bol jaune » ; « Je suis désolée que tu ne puisses pas utiliser le bol jaune ce matin », ce qui relançait la décharge de ses sentiments désagréables. Mon fils a continué de pleurer ainsi quelques minutes et je suis Restée-écouter. Il s’est arrêté de lui même comme si le nuage de pluie était passé et je l’ai alors senti très léger. La suite du petit déjeuner s’est déroulée de façon très détendue et je dirais même que j’ai trouvé mon fils particulièrement joyeux, posé et coopératif tout au long de la journée !

Une anecdote illustrant un outil d’écoute nommé Poser les limites, racontée par Chloé Saint Guilhem

Chloé Saint Guilhem est psychologue et psychothérapeute et s’est formée à l’approche Grandir Main dans la Main pour devenir instructrice en 2016. Elle propose des consultations et des ateliers en France pour favoriser des relations proches et de confiance entre parents et enfants.