L’alligator mangeur d’ongles

Mon fils aîné a toujours été un enfant assez intense. Je ne veux pas dire cela dans un sens négatif ; il ressent tout à l’extrême en incluant la joie. Depuis qu’il est tout petit, j’ai remarqué qu’il s’appuie sur ce que je considère comme des comportements compulsivement apaisants. Lorsqu’il avait environ trois ans et demi, j’ai remarqué qu’il avait commencé à ronger ses ongles. Beaucoup. Cela me rendait folle ! J’ai essayé tout ce que j’ai pu pour le faire arrêter. J’ai coupé ses ongles de plus en plus court, mais il continuait simplement à les ronger encore plus, parfois jusqu’à saigner. J’ai commencé à me sentir paniquée et bien que j’ai essayé de ne pas le montrer, il le ressentait quand même. C’était comme si, plus j’étais contrariée à propos de ce comportement nerveux, plus il devenait tendu et plus il rongeait ses ongles. C’était un cercle vicieux profondément frustrant.

J’ai finalement réalisé que je devais ré-évalué mon approche. Je me suis rapidement rendue compte que ce qui rendait tout cela aussi contrariant pour moi était le fait que j’avais été une rongeuse d’ongles avide durant mon enfance et que mes propres sentiments étaient probablement réveillés aujourd’hui face à mon enfant. J’ai commencé à utiliser des temps d’écoute. Avec l’attention d’une amie chaleureuse et bienveillante, j’ai pu voir combien je m’étais sentie effrayée et insécurisée en tant qu’enfant, combien ronger mes ongles était devenu un signe extérieur de cette peur et combien c’était horrible de recevoir des reproches et d’être humiliée pour quelque chose que je ne pouvais pas contrôler. J’ai ragé pour avoir besoin d’aide et ne pas en recevoir. Et surtout, j’avais besoin de pleurer sur combien je voulais que l’expérience de mon fils soit différente de la mienne et comment je voyais le fait qu’il se ronge les ongles, comme un signe d’échec.

Au long des semaines suivantes, ma réactivité face à son rongement d’ongle s’est atténuée. J’ai essayé de garder ses ongles relativement courts, mais cela n’a pas affecté son comportement. J’ai décidé d’arrêter de l’empêcher de se ronger les ongles pendant un moment. C’était trop contrariant pour moi et je finissais généralement par empirer la situation. Finalement, mon esprit s’est un peu éclairci, j’ai rassemblé quelques idées venant d’alliés de confiance et j’ai élaboré un plan. Pour lutter contre ses peurs, nous avons augmenté les moments de jeu physique dans notre maison, tout au long de la journée. J’ai essayé de proposer du Temps Particulier aussi souvent que possible et même durant nos temps de jeu « habituel », j’ai cherché à suivre sa direction plus souvent. Je me suis préparée pour ses gros moments de crise et suis restée aussi chaleureuse et présente que possible avec lui quand c’est arrivé, en l’écoutant et en assurant notre sécurité. Et à travers tout ceci, j’ai continué à recevoir du soutien pour moi-même, principalement à travers du temps d’écoute partagé.

Le rongement d’ongle était une pièce d’un puzzle que j’essayais de reconstituer et l’image devint claire : mon fils travaillait sur des peurs. Doucement, sur plusieurs mois, la situation a commencé à évoluer. Il a commencé à jouer à de nouveaux jeux avec les autres enfants et les adultes et à se montrer plus souple dans la vie de tous les jours. Ses crises étaient moins fréquentes et intenses. Puis un jour, j’ai remarqué que certaines de ses ongles étaient en train de pousser.

« Hey », j’ai dit avec enthousiasme, « c’est le moment de couper tes ongles ! » Il cria et s’en alla en courant, tout en disant qu’il n’allait pas me laisser faire. Au début, je me suis montrée insistante, mais j’ai senti que cela ramenait trop de mauvais sentiments pour lui, et qu’une nouvelle approche était nécessaire pour lui couper les ongles. J’ai eu une idée pour essayer de rendre ce moment plus amusant.

Je suis allée à la salle de bain chercher le coupe-ongles. « J’ai tellement faim », j’ai appelé avec une voie profonde », « si seulement il y avait quelque chose à manger. » Mon fils jeta un coup d’œil dans la salle de bain avec un petit sourire aux lèvres, curieux. Je tins le coupe-ongles en l’ouvrant et le refermant, tout en les faisant « parler » en direction de mes propres mains et disant, « Ooh, est-ce que je peux manger ceux-là ? Ils ont l’air délicieux ! »
– « Est-ce un alligator ? » a-t-il demandé, en souriant et sachant parfaitement à quoi ressemblait notre coupe-ongles.
– « Oui », j’ai répondu. « C’est un alligator mangeur d’ongles très rare. »
– « Et j’ai faim ! », fis-je dire au coupe-ongles.
– « Mange les ongles de Maman », dit mon fils. J’ai continué le jeu, en coupant tous mes ongles tout en faisant des bruits joyeux en mangeant, tandis qu’il riait. Puis j’ai tourné le coupe-ongles vers moi et je lui ai fait dire, « Mais j’ai encore faim ! » Je n’étais pas sûre que ce petit moment de jeu ait été suffisant pour l’aider à se sentir en sécurité, mais j’ai été agréablement surprise.

Sans aucune hésitation, mon fils est rentré dans la salle de bain et a dit, « Tiens, tu peux avoir mes ongles » en posant ses mains sur mes genoux. J’ai fait « l’alligator mangeur d’ongles » mâcher bruyamment chacun de ses ongles, en lui disant combien ils étaient délicieux, jusqu’à ce qu’il ait goûté chacun et qu’il soit repu. J’ai dit à mon fils que nous allions devoir nourrir l’alligator une fois par semaine et j’ai mis une alarme sur mon téléphone pour m’aider à m’en rappeler.

Il n’y a eu presque aucune résistance au moment de couper ses ongles depuis et lorsque je lui coupe les ongles une fois par semaine, il les ronge rarement. Et le plus important, c’est que maintenant, je peux voir le fait qu’il se ronge les ongles pour ce que c’est : un signe qu’il ne se sent pas en sécurité. Lorsque je remarque qu’il se les est rongés de nouveau, je ne dis rien à propos de ça en particulier, mais à la place je lui offre de la chaleur supplémentaire, une connexion supplémentaire, du jeu supplémentaire et de l’écoute supplémentaire. Je me considère chanceuse maintenant d’avoir un baromètre aussi visible de comment mon fils se sent à l’intérieur et je suis fière d’avoir trouvé une façon positive de faire face à cette situation.

Une anecdote illustrant trois outils d’écoute nommés Jeu-écouteTemps Particulier et Partenariat d’Ecoute, racontée par une maman basée en Californie aux Etats-Unis. Extrait du livre Listen : Five Simple Tools to Meet Your Everyday Parenting Challenges de Patty Wipfler et Tosha Schore. Traduit de l’anglais par Chloé Saint Guilhem