Comment Poser des Limites avec Confiance, sans Peur ni Honte

Un article de Sarah Mac Laughlin, instructrice Grandir Main dans la Main aux Etats Unis / Traduit de l’anglais par Sabine Guez

Je ne suis pas partisane de la permissivité. Les enfants ont besoin de limites pour se sentir en sécurité. Mais fixer ces limites et les faire respecter est délicat, surtout si vous souhaitez éviter la coercition, les menaces et le chantage. La “limite calme et ferme” est une sorte de muscle parental qui se travaille et s’acquiert avec le temps. J’étais bien plus douée en la matière quand j’interagissais avec l’enfant de quelqu’un d’autre. Récemment, il m’a fallu énormément pratiquer.

Quand votre enfant est impoli ou se met en danger et vous sentez la colère qui monte en vous, les émotions ont toutes les chances de l’emporter. Dans le pire de ces scénarios, votre amygdale cérébrale¹ s’empare de votre cortex préfrontal et inonde tout votre corps d’adrénaline et de cortisol, déclenchant en vous une réaction de lutte ou de fuite. À ce stade, vous n’êtes plus une personne rationnelle. Une fois que votre “cerveau d’en bas” (comme le nomme le Dr Dan Siegel) a pris le dessus, votre capacité de penser est réduite, votre régulation émotionnelle ne fonctionne plus et votre perception de la situation est probablement déformée. La meilleure façon de vous maintenir dans le “cerveau d’en haut” est de prendre le plus grand soin de vous-même et d’envisager la parentalité comme un marathon plutôt qu’un sprint : élever des enfants, c’est construire avec eux des relations merveilleuses qui dureront longtemps.

Dix astuces pour vous aider à poser des limites avec confiance

  1. Anticipez. Établissez un plan, soyez stratégique. Être parent, c’est avoir un temps d’avance. Par chance, nous possédons les cortex cérébraux développés qui font défaut à nos jeunes enfants. Nous savons souvent où et quand ils vont se cabrer ou s’effondrer. Que ce soit à l’heure du repas ou du coucher, donnez-vous le temps d’y réfléchir et connaissez vos limites à l’avance.
  2. Ne tournez pas autour du pot. L’une des meilleures “ficelles” du métier d’enseignant dont j’ai bénéficié fut de m’enregistrer en classe pendant une heure, puis de m’écouter parler. J’ai entendu plusieurs habitudes verbales dont je souhaitais me défaire, comme par exemple le recours à un langage manquant de fermeté lorsque j’énonçais les consignes et posais des limites. Efforcez-vous de bannir des tournures telles que “Je préférerais que tu ne fasses pas ça” (vous préféreriez, vraiment ?) et le fameux “D’accord ?” omniprésent en fin de phrase.
  3. Que disent votre corps et l’expression de votre visage ? J’ai beau avoir écrit un livre sur la meilleure façon de parler aux enfants, les études montrent que les signes non verbaux ont une importance considérable. Si vous voulez faire passer un message sérieux, ne le dites pas en chantant. Et mettez-vous toujours, toujours, toujours à la hauteur de l’enfant. Souvenez-vous que vous êtes grande, intimidante à ses yeux. Ce message, vous pouvez le faire passer en étant accroupie, tout près, avec une expression neutre sur le visage.
  4. Un ton doux mais ferme. Un ton sec ou un débit staccato peuvent être trop stimulants et effrayants pour un jeune enfant, déclenchant chez lui une réaction de lutte ou de fuite. Crier aura le même effet – à n’user qu’en cas d’urgence. Un enfant effrayé n’obtempérera qu’une fois que vous aurez diminué son sentiment de connexion avec vous – or les enfants ont besoin de cette connexion pour leur régulation émotionnelle.
  5. N’attendez pas d’un enfant qu’il obtempère sans ressentir de la contrariété. Posez la limite là où elle est pour vous. Puis faites de la place pour ses sentiments. Soyons réalistes : un enfant acquiesce rarement à un “Non” avec un “Bien sûr”. Mais cela se produira plus souvent si vous êtes calme et rassurante : “J’ai dit “non” à un autre biscuit. Tu le voulais vraiment. Tu en éprouves du chagrin et je suis là pour t’écouter”. Faites-lui confiance pour surmonter ces sentiments éprouvants qui le secouent parce qu’il n’a pas obtenu ce qu’il voulait. Réprimer des émotions n’a jamais aidé personne à apprendre à faire face aux déceptions. L’approche Grandir Main dans la Main propose d’excellents outils et ressources pour aider les parents dans la tâche ardue de rester calmes tandis que leurs enfants “vident leur sac” et se délestent des sentiments qui les encombrent.
  6. Ayez des attentes qui correspondent au stade de développement de chaque enfant. Les enfants d’un an se faufilent partout. Ceux de deux ans partagent mais non sans protester. Les enfants de trois ans disent souvent “Non”. Ceux de quatre ans ont besoin de savoir “pourquoi ». Ceux de cinq ans peuvent être assez insolents. Et ainsi de suite… Sachez ce que le stade de développement de votre enfant vous permet d’attendre de lui. Souvenez-vous combien il grandit sur tous les plans : émotionnel, physique, mental et psychologique. Le fait qu’il soit calme et agréable aussi souvent qu’il l’est est un vrai miracle !
  7. Soyez décidée, même lorsque vous changez d’avis. Avoir confiance en vos propres décisions est crucial. Si vous n’êtes pas sûre de devoir – ou non – laisser votre enfant sauter sur le lit, c’est plus problématique que si vous dites, le mardi, “Oui, aujourd’hui, tu peux sauter sur le lit” (car vous êtes détendue, concentrée, et capable d’intervenir à tout moment), et le lendemain, “Non, aujourd’hui ce n’est pas le bon jour pour sauter sur le lit” (vous n’avez pas fermé l’œil de la nuit, vous venez d’écoper d’une forte amende et avez un mal de crâne carabiné). Votre résolution à toute épreuve est bien plus importante qu’une règle immuable.
  8. Soyez “physique” en cas de besoin. À moins que vous vous sentiez vraiment à cran, il est possible de contenir un enfant pour garantir sa sécurité (ou celle d’un autre). Une manière de s’y prendre est de le maintenir fermement sur vos genoux, son visage tourné vers l’extérieur (pour vous protéger). Vérifiez que vous êtes calme et restez-le. Ne touchez JAMAIS votre enfant quand vous êtes en colère. Soyez très attentive à ne pas lui faire mal. Parfois, un simple contact physique suffit. Relâchez toujours l’enfant dès qu’il est capable de se contrôler lui-même.
  9. N’expliquez pas la raison de la limite plus d’une fois. Il peut être utile d’expliquer pourquoi une limite est posée. Mais ne le répétez pas, cela ne servira qu’à vous agacer. Donnez donc l’explication une fois, puis maintenez le silence. Tenez votre langue – ou, comme dit Carrie Contey, psychologue clinicienne, “zippez-la !” – surtout si l’enfant s’effondre émotionnellement, car une fois le “cerveau d’en bas” aux commandes, le langage n’est plus aussi accessible. Vous vous épuiseriez pour rien en parlant. Si vous avez besoin d’un mantra à dire à voix haute quand votre enfant craque pour de bon, mon préféré c’est “Tu es en sécurité”.
  10. L’humour est un outil, ô combien efficace. Donnez vie et intelligence aux objets tels que la brosse à dents de votre enfant ou l’eau du bain (je suis sérieuse, là !). Adoptez une drôle de voix ou de ton, inventez un personnage farfelu. Quand j’ai parlé en imitant l’accent anglais récemment, l’effet fut monstre ! Je vous garantis que cela ne prend pas plus de temps que de négocier, crier ou pratiquer le chantage.

Essayez ! Et voyez si plusieurs de ces suggestions vous conviennent. Vous saurez bien vite si elles fonctionnent mieux que “Tu as intérêt à t’habiller tout de suite !”, “Comment oses-tu me parler sur ce ton !” ou “Puisque c’est ça, mange-le ce fichu bonbon !” Si nous souhaitons des enfants qui se comportent bien d’eux-mêmes (car leur motivation est interne), nous devons être fermes et bienveillants, toujours connectés à eux et à l’écoute de leurs sentiments.

Cette phrase bien connue d’Albert Einstein incarne parfaitement ma quête pour élever la parentalité au-delà du modèle éducatif fondé sur la peur et la honte : “Si les gens ne sont bons que parce qu’ils craignent d’être punis et qu’ils espèrent en être récompensés, c’est à désespérer de nous”.

Sarah MacLaughlin travaille depuis plus de 20 ans comme nourrice, enseignante de maternelle, travailleuse sociale et coach pour des mères et des pères. Elle est diplômée et habilitée à transmettre de nombreux enseignements en parentalité, dont l’approche Grandir Main dans la Main.

¹ Située dans la partie frontale du lobe temporal, très proche de l’hippocampe, l’amygdale est cruciale pour que nous puissions percevoir et ressentir les émotions des autres.