Couple : Unis Face au Tumulte de la Parentalité

Un article de Rachel Schofield, instructrice Grandir Main dans la Main en Australie / Traduit de l’anglais par Sophie Menard

Ah, nos enfants !

C’est débordants de joie et d’enthousiasme que nous les avons accueillis dans nos vies, en tant que parents… Nous avions hâte de leur offrir tout notre amour et de faire grandir notre amour en tant que couple à travers ce projet commun d’élever nos enfants ensemble ! C’est souvent le plus grand engagement que nous prenons en tant que conjoints. Et c’est également, de temps en temps au moins, une source sans pareil de tensions et d’épuisement.

Nombre de raisons expliquent ce stress grandissant qui s’installe entre nous et notre partenaire quand nous devenons parent. Pourtant, bien qu’il soit prévisible et peut être même évitable parfois, nous ne recevons généralement aucune préparation ni aucun soutien pour y faire face.

Voici quelques sources de tensions que l’on retrouve chez presque tous les couples de parents :

  • Le travail des parents est peu valorisé si bien que la plupart des parents sont confrontés à des soucis d’ordre financier. Cela peut nourrir des peurs qui entament notre capacité à nous apprécier en tant que partenaires, à apprécier nos enfants ainsi que le fait d’être parent. 
  • Il y a si peu de soutien vis-à-vis du travail qui consiste à élever des enfants. Nombreux sommes-nous à voir notre responsabilité parentale comme un poids qui pèse sur nos épaules et nous vole notre temps libre, déséquilibre notre bien-être, et finalement, entrave notre liberté et tous les petits plaisirs qui y sont associés. C’est une grave lacune dans l’organisation de nos sociétés qui est pourtant peu reconnue. En tant que parents, nous méritons de bénéficier d’une aide pratique, facilement accessible et qui s’adapte à nos besoins et à ceux de nos enfants. 

Cette absence d’accompagnement nous laisse seuls face à nous-même dans les moments difficiles que nous traversons : quand nous nous sentons coupables de nous être énervés contre nos enfants, quand nous nous sentons isolés car incapables de parler sincèrement des difficultés que nous rencontrons, ou encore quand nous nous sentons tellement épuisés que nous devenons incapables d’y voir clair dans nos problèmes ou de simplement prendre soin de nous.

  • Il est difficile de sortir du carcan des rôles parentaux que la société nous impose. Tout ce qui touche aux soins envers les enfants est considéré comment étant soit du ressort du père, soit de celui de la mère. Nous aurions tous envie d’adopter des rôles plus flexibles, et pourtant nous nous sentons coincés dans cette répartition des tâches telle que la société l’a définit – celui qui apporte un revenu vs celui qui tient la maison, celui qui change les couches vs celui qui représente l’autorité. 
  • Avec le surplus de travail lié au soin des enfants, le manque d’outils de communication efficaces accentue les difficultés présentes au sein du couple avant l’arrivée des enfants. On apprend énormément de choses durant nos études – certaines plus utiles que d’autres. Malheureusement, il est rare d’avoir reçu des cours de communication ou de gestion des relations humaines, bien que ces aptitudes soient essentielles pour les parents. 
  • Notre histoire personnelle refait surface à travers les sentiments que nous éprouvons en voyant notre enfant dans des situations qui nous rappellent inconsciemment notre propre enfance. Dur alors pour nous de nous sentir maîtres de ces émotions qui nous semblent incontrôlables : “Bien sûr que je m’énerve quand mon enfant tire la queue du chien !” Si nous avons la chance de pouvoir explorer ces émotions avec une personne qui sait écouter, il y a fort à parier que nous arriverons plus facilement à agir en pleine conscience, plutôt que de réagir en mode automatique face à nos enfants qui jouent, expérimentent, et adoptent parfois des comportements inappropriés
  • Nos enfants se comportent parfois de façon irrationnelle et tentent d’évacuer leurs tensions émotionnelles. Dans ces moments-là, ils se mettent dans des situations qui leur permettent de décharger leurs émotions par le rire ou les pleurs. Quand nos enfants sont en train de réaliser ce gros travail de guérison émotionnelle, nous, adultes, avons tendance à réagir de façon très négative : nous voyons d’un très mauvais œil cette façon qu’ont nos enfants de se libérer de leur trop-plein émotionnel par le rire, les larmes ou les colères. Nos enfants le sentent et cela nous éloigne un peu plus de ceux que nous aimons tendrement. 
  • Lorsque nous nous sentons mal avec nous-mêmes en tant que parents, nous avons tendance à accuser notre conjoint de tous les maux – plutôt que de regretter ce que nous venons de faire et de réaliser que nous avons besoin d’être épaulés dans notre rôle de parent. Cette dynamique qui consiste à désigner comme coupable la personne qui nous est la plus proche ou qui se trouve dans la même situation que nous – a pour effet de créer des sentiments de supériorité et d’infériorité au sein du couple, et d’entamer l’entraide et la réflexion commune.

Aider son couple à surmonter ces défis parentaux

Pas évident d’avancer dans son couple quand on est si peu aidé dans son rôle de parent. Même si ce n’est jamais très facile, voici quelques idées à essayer pour soutenir son couple face au défi que représente le fait d’être parent. 

  • Prenez le temps régulièrement d’apprécier votre partenaire et de lui exprimer votre reconnaissance pour ce qu’il réalise. Pourquoi pas chaque semaine, instituer un petit moment en soirée durant lequel chacun raconte en quelques minutes une situation qu’il a dû gérer cette semaine et dont il est fier, et une chose qu’il a admirée chez son conjoint. La règle à respecter : interdiction d’interrompre, de rectifier, ou d’exprimer son désaccord vis-à-vis de ce qui est dit. Ce temps de partage peut également être élargi aux enfants de la famille s’ils sont assez grands… Et que diriez-vous d’en faire une tradition au moment du dîner familial ? 
  • Prenez régulièrement un moment rien qu’à deux, sans les enfants. Un couple a besoin de se retrouver et de se parler, sans subir les interruptions habituelles lorsque les enfants sont présents et sans la fatigue accumulée en fin de journée. Peut-être pouvez-vous vous organiser avec un autre couple qui a également besoin de ces moments à deux, en vous confiant vos enfants à tour de rôle afin de réduire le coût de votre soirée en amoureux. 
  • Mettez en place une règle qui consiste à offrir 10 appréciations à votre partenaire pour chaque critique que vous avez à lui faire. Sans appréciation envers nos efforts, les conseils qui seront donnés pour “aider” l’autre, rentreront par une oreille mais ressortiront directement par l’autre !
  • Gardez les suggestions que vous voulez faire à votre conjoint pour un moment qui n’est pas chargé émotionnellement. Le moment venu, proposez à votre conjoint de décider s’il veut entendre ou pas ce que vous avez en tête. Par exemple vous pouvez lui dire : “J’ai une idée pour Paul et toi, si tu veux !” C’est effectivement très dur de se retenir comme ça. Et pourtant, quand on brûle d’envie de donner un conseil, on a tendance à le donner avec un ton irrité, inquiet, ou découragé, qui peut s’avérer contre-productif. S’il s’agit de quelque chose qui vous tient vraiment à cœur, pensez à en parler avec une personne autre que votre conjoint, et qui saura vous écouter pendant 10-15 minutes, afin que vous vous sentiez moins tendu quand vous abordez le sujet avec votre conjoint. 
  • Si vous êtes en désaccord avec votre conjoint sur la façon de vous occuper de votre enfant, prévoyez un moment pour en parler à tête reposée. Si le désaccord est profond, ce qui peut aider, c’est de planifier un moment durant lequel l’un des parents peut observer l’autre (sans l’interrompre ni le juger) pendant que son conjoint est en train de gérer la situation de conflit avec l’enfant. Le rôle de l’observateur est de prendre note de la façon dont les choses ont commencé, des initiatives exactes que prend le parent pendant le conflit avec l’enfant, comment l’enfant y réagit, et quel impact cela a sur son comportement par la suite. L’observateur doit également rester attentif aux sentiments que lui-même peut ressentir à mesure que la situation évolue. 

Plus tard, chaque parent prend le temps de revenir en détail sur ce qui s’est passé, y compris les sentiments éprouvés par le parent-observateur. (Il est souvent plus facile de laisser le parent qui a interagi avec l’enfant commencer cette session de relecture, et le laisser expliquer ce qu’il a essayé de faire, et si ça a fonctionné comme il le voulait, plutôt que de décider qui a tort ou qui a raison). Ensuite, vous inversez les rôles, et le parent-observateur devient le parent qui interagit avec l’enfant. Puis une autre session de relecture, sans critique, a lieu. Ces sessions devraient permettre de déterminer ce qui marche pour votre enfant et toutes les personnes de votre entourage qui sont en contact avec votre enfant (enseignants, professionnels de la petite enfance etc..) peuvent être consultées par vous et votre conjoint, pour trouver un moyen de mieux gérer ces différentes approches. 

Souvent, ce qui ressort, c’est que le problème est moins une différence d’approche parentale, que l’accumulation de tensions ressenties par un parent. Quand on se sent stressé, la façon dont on réagit vis-à-vis de nos enfants est souvent inappropriée. Dans ce cas, à vous de réfléchir à un moyen de réduire cette tension ou de la soulager, plutôt que de vous perdre à imaginer ce que le parent idéal devrait faire. Quand on est sous tension, il est compliqué de se montrer attentif, aimant ou enjoué avec nos enfants ou avec qui que ce soit d’autre.  

  • Observez les moments durant lesquels vous vous sentez particulièrement fâché contre votre conjoint. En général, à moins qu’il ne s’agisse d’attaques physiques, ces moments ne sont pas vraiment opportuns pour prendre des décisions catégoriques. A la place, trouvez une personne de confiance à qui parler, encouragez votre conjoint à faire de même, et attaquez-vous à ce nœud de sentiments douloureux qui s’est formé autour de votre relation de couple et de parents. Tous les parents ont besoin d’aide extérieure et à un moment ou à un autre tous les parents rencontrent des difficultés émotionnelles. Ces moments d’écoute mènent parfois à de vraies avancées dans la façon de se comprendre en couple et de faire évoluer des attentes irréalistes.  Ce genre d’avancées résulte souvent de la prise de responsabilité de chacun vis-à-vis de ses pires sentiments, plutôt que d’accuser l’autre d’en être responsable. En général, nos sentiments les plus douloureux trouvent leur origine dans des situations pénibles que nous avons traversées quand nous étions plus jeunes. Ils interfèrent dans nos relations présentes, jusqu’à ce que nous réussissions à nous en libérer. Grâce à une personne qui sera prête à écouter notre histoire et qui saura se montrer chaleureuse, nous pourrons décharger toutes ces tensions à travers les rires, les pleurs ou la rage.  

Acceptez l’idée qu’il vous faudra passer de temps en temps par une bonne dispute (verbale, bien sûre). Essayez alors de rester respectueux, et abrégez la dispute si vous avez l’impression que vous patinez. Les tensions entre conjoints sont inévitables, étant donnée la pression que nous avons sur nos épaules en tant que parents, et le sentiment d’isolement que nous ressentons. Souvent, une bonne dispute, dans laquelle chacun tente de comprendre l’autre et de se faire comprendre par l’autre (et non pas de “gagner”), peut en réalité apporter du soulagement et de la proximité. Comme ces disputes peuvent être bruyantes et émotionnellement très chargées, mieux vaut éviter de les avoir devant de jeunes enfants : il est important de trouver le bon endroit, et le bon moment, à l’abri des oreilles du reste de la famille. 

Quelques règles à respecter pour que la dispute reste constructive :

  • Évitez d’attaquer la personnalité même de votre conjoint. A la place, expliquez en quoi certains comportements particuliers vous énervent. Au lieu de dire “ J’ai du mal à croire à quel point tu es égoïste !”, vous pouvez dire :” Quand tu discutes avec Emilie au téléphone, et que je me retrouve tout seul pour coucher les enfants, j’ai vraiment l’impression que tu n’en a rien à faire, ni de moi, ni d’eux !”
  • Ne portez pas de jugements catégoriques. Au lieu de dire : “Tu ne te rappelles jamais d’aller récupérer les vêtements au pressing ! Je t’avais dit que j’en avais besoin pour demain !”, essayez de dire : “J’ai vraiment l’impression de ne pas compter pour toi quand tu oublies de faire les commissions que je te demande ! Maintenant j’ai le sentiment que je ne serai jamais présentable pour ma réunion au boulot demain !”
  • Acceptez qu’il y ait de la colère et des pleurs. Cela peut paraître étrange, mais l’expression de nos émotions nous permet de nous libérer de nos tensions intérieures. Après une bonne session de pleurs ou une grosse colère, on a souvent le sentiment de se sentir plus proche et mieux écouté. Pendant que votre conjoint pleure, nul besoin de continuer à argumenter. Résister à toute envie pressante de trouver une solution immédiate. Parfois votre simple écoute tandis que votre conjoint pleure EST la solution. 
  • Lorsque les mêmes reproches reviennent pour la troisième fois dans la discussion, c’est le signe qu’il est temps de mettre fin à la dispute. Une bonne façon de la terminer est de dire par exemple : “On devrait en rester là pour le moment, et revenir dessus un peu plus tard, ça te va ?”. Puis, déplacez votre attention vers une autre activité (comme aller faire les lits ou sortir faire un tour dehors).  Le contact physique comme se tenir la main, ou se blottir contre l’autre dans son lit peut également aider. Le contact physique, même quand on se sent énervé, permet de dissoudre quelques tensions et peut parfois même être le déclencheur pour que, enfin, les larmes montent et se mettent à couler. 

Pour rendre les relations de couple plus harmonieuses avec le temps, il existe une pratique vraiment efficace, qui consiste pour chacun des parents à trouver une personne qui pourra les écouter de façon régulière. Peu de parents ont déjà adopté cette habitude qui consiste à avoir un partenaire d’écoute. Mais de la même façon que se brosser les dents tous les jours (ce qui était une habitude peu développée avant le milieu du 20e siècle), contribue à rester en bonne santé, le Partenariat d’Écoute se révèle être un excellent moyen de conserver son équilibre et son bien-être émotionnel. C’est une pratique qui soulage les sentiments de frustration et d’isolement inhérents à notre rôle de parent. Et si vous échangez du temps d’écoute avec un autre parent, c’est totalement gratuit.