Traverser les Difficultés Liées à l’Ecole

Un article de Patty Wipfler, fondatrice de Hand in Hand, directrice des programmes et formatrice / Traduit de l’anglais par Frédérique Mezier

Les enfants adorent apprendre. Pour eux, apprendre est aussi naturel que respirer – véritables éponges, ils absorbent la moindre petite chose qui se passe. Ils apprennent par le jeu, en s’imprégnant du comportement des adultes et des enfants qui les entourent et en faisant leur propre expérience. Logiquement, aller à l’école – lieu propice à la découverte de nouvelles expériences, à la rencontre avec d’autres enfants et à la maîtrise de compétences extraordinaires telles que la lecture et les maths- devrait être excitant et amusant pour eux.

Pour bien apprendre, nos enfants ont besoin de se sentir en sécurité et acceptés  

Les enfants ne peuvent apprendre qu’à condition de se sentir acceptés et appréciés. A l’école ils ont besoin de savoir que leurs enseignants les apprécient et pensent qu’ils sont uniques. Ils ont besoin de savoir qu’ils ne subiront pas d’humiliation ou de moquerie dans la cour de récréation ou dans les couloirs. Ils ont besoin d’être encouragés, que l’on attende le meilleur d’eux et d’une bonne dose d’amusement.

A la maison, ils ont besoin de bienveillance, d’affection et d’un peu de temps seul à seul avec leurs parents, même si c’est juste un câlin de cinq minutes,  le soir avant d’aller se coucher.

Pour que les écoles favorisent les apprentissages et pour que les parents  soutiennent leurs enfants, nous les adultes avons besoin de nous assurer que les besoins émotionnels des enfants soient comblés aussi bien à l’école qu’à la maison. Voici quelques pistes pour aider les enfants à se sentir aimés dans leur foyer et compris et respectés à l’école, de façon à ce que leur esprit soit suffisamment clair pour apprendre :

  • Les enfants ont besoin de beaucoup de marques d’affection physique et de proximité. La proximité leur permet de gagner en confiance et leur évite de se demander si ils vont bien ou pas. S’ils ne se sentent pas en sécurité, ils ne peuvent pas se concentrer sur les apprentissages.
  • Les enfants apprennent mieux à travers le jeu et les activités manuelles. Le meilleur professeur est l’expérience, l’expérience, l’expérience ! Il est nécessaire que les enfants puissent faire des activités en groupe, qu’ils expérimentent et qu’ils apprennent aux autres ce qu’ils viennent d’apprendre. En particulier, laisser les enfants jouer librement sans compétition ni règles imposées est une merveilleuse façon de leur permettre de développer leur intellec, leur imagination et leur confiance. Sauter sur les lits à la maison, jouer à chat à travers le salon, faire de la lutte ou encore des batailles de coussins (les enfants étant les gagnants bien évidemment) sont le genre de jeux physiques qui remontent le moral des enfants et leur procurent assez de plaisir pour  leur permettre de garder espoir, même lorsque les journées d’école ne sont pas faciles. Si la vie n’apparaît que comme une corvée, l’apprentissage n’aura pas lieu. Ainsi, le jeu libre est vital. Il maintient votre petit en éveil maximum et plein d’espoir.
  • Les enfants doivent avoir le droit de faire des erreurs et de poser des questions sans peur d’être humiliés ou rabaissés. Les erreurs et les « échecs » permettent d’apprendre autant que les réussites, à condition que les enfants soient toujours respectés.
  • Les enfants ont un sens de la justice très développé. C’est pourquoi ils s’attendent à ce  que leurs pairs soient traités de façon réfléchie et équitable. L’équité signifie pour eux, des limites mais sans colère, des frontières mais pas de  dévalorisation, affronter les difficultés mais  pas attaquer les personnes qui rencontrent des difficultés.

Lorsque les problèmes d’apprentissage surgissent, écoutez

Lorsque qu’un enfant n’est pas en mesure de se concentrer ou d’écouter, c’est généralement qu’il y a un facteur émotionnel qui bloque sa progression. On se sent mal à l’intérieur lorsque l’on ne peut pas penser. Cela fait peur quand vous ne pouvez pas faire ce que l’on attend de vous et que vous ne savez pas pourquoi ni comment y remédier. C’est la situation dans laquelle se trouvent les enfants qui ne parviennent pas à écrire une histoire, ne retiennent pas les tables de multiplications ou qu’ils ne peuvent pas s’assoir pour faire leurs devoirs. Ils se sentent énervés et ont souvent peur. De plus, ils se sentent seuls.

En tant que parent, voir notre enfant être envahi par la colère en plein apprentissage est très énervant. Les problèmes de notre enfant nous font nous sentir fatigués et vidés. A ce moment précis, nous pensons quelque chose comme « Il devrait être capable de faire ses devoirs tout seul, maintenant ! Pourquoi dois-je intervenir ? » Nous  voulons vraiment que les soucis de notre enfant s’en aillent pour avoir un peu la paix.

Ce qui est salvateur, est une chose que nous avons toujours appris à éviter à tout prix. Si vous pouvez vous assoir proche de votre enfant lorsqu’il a une crise de larmes à cause d’un souci à l’école ou qu’il se met en colère car il ne veut pas faire ses devoirs, il aura ainsi la possibilité d’évacuer un peu des sentiments négatifs qui le paralysaient jusque là.

La décharge émotionnelle permet aux enfants de recentrer leur attention et relance leur capacité à être optimistes à l’égard des apprentissages. Votre enfant ne peut pas raisonner lorsqu’il pleure ou s’énerve. Il croira dur comme fer aux sentiments négatifs qui le traversent. Mais étonnamment, les pleurs et le fait de s’assurer que son parent comprend ce qu’il traverse, aura un effet curatif sur l’enfant. Alors, évitez de discuter avec votre enfant et d’essayer de le raisonner et restez proche de lui tandis qu’il « fait sortir les fantômes hors du placard » grâce à ses larmes et ses pensées sombres et furieuses. Ainsi, il ira jusqu’au bout. Plus il aura pleuré, plus ses capacités à se concentrer et à croire en lui s’amélioreront.

Les enfants souhaitent que leurs parents soient à leur écoute

Les écoles ne sont pas organisées pour aider les enfants à se libérer des tensions qui les empêchent d’apprendre et de s’en sortir dans la vie. C’est le rôle des parents. Or c’est une tâche très difficile que personne n’a réalisée pour nous. Pour beaucoup, on a « tout faux » si on permet à un enfant de pleurer pendant des heures sans résoudre quoi que ce soit, si on ne l’envoie pas dans sa chambre ou si on n’insiste pas pour qu’il se ressaisisse.

 Et pourtant je vous encourage à écouter parce que écouter guérit. Ecoutez une fois jusqu’à ce que les pleurs ou la colère passe sans essayer de « réparer » les sentiments de votre enfant ou de résoudre le problème. Vous constaterez ainsi combien cela est efficace. Cela permet à votre enfant de changer d’état d’esprit et de restaurer son sentiment de proximité avec vous.

Aider nos enfants, soutenir leurs écoles

L’énorme besoin d’attention individuelle des enfants tandis qu’ils apprennent est naturelle. C’est l’environnement de l’école, où un si grand nombre d’enfants doivent faire la compétition pour obtenir l’attention d’un seul adulte, qui n’est pas naturel. Les besoins des enfants paraissent ennuyeux aux parents et aux enseignants, non pas parce que les enfants exagèrent mais parce notre société exagère.

Les responsables politiques et les citoyens n’ont pas encore décidé d’accorder aux jeunes enfants à l’école, suffisamment d’attention de la part des adultes ni suffisamment de soutien aux parents dans leurs foyers pour satisfaire les besoins humain naturels, d’attention et de soutien. Lorsque les établissements scolaires soutiendront véritablement les enfants, nous regarderons rétrospectivement la taille actuelle des classes, le manque de soutien apporté aux enseignants et le manque de services accordés aux enfants ayant des difficultés d’apprentissage et nous considèrerons que les conditions de ce début de vingt-et-unième siècle sont effectivement bien primitives.

Dans ces conditions, presque chaque enfant vivra un épisode douloureux à l’école. Ainsi presque chaque parent se sentira excédé, démuni et/ou en colère lorsque ces problèmes font surface. Nous débordons d’amour pour nos enfants et nous sommes frustrés face à une société qui n’offre pas beaucoup de soutien à ses jeunes personnes, si bien qu’il nous paraît compliqué d’avoir les idées claires lorsque nos enfants ont des difficultés.

Voici quelques principes de base qui peuvent être utiles en cas de mauvaise passe :

  • Il est inutile de reporter la faute sur votre enfant, l’enseignant ou vous-même.

Cela fait gaspiller de l’énergie et contribue à renforcer un état de mal être déjà présent. Rejeter la faute sur autrui propage les sentiments négatifs et est une entrave à la créativité et à la coopération indispensable à la résolution de problèmes.

Ne vous en voulez pas. Vous mettez en place les actions à la hauteur de vos possibilités ; la parentalité est une lourde tâche à accomplir. Votre enfant n’est pas non plus fautif. Il fait de son mieux. Il porte des fardeaux dont il ne vous a pas encore parlé ou dont il ne s’est pas encore délesté.

  • Vous, votre enfant et l’enseignant êtes stressés car les conditions d’apprentissage ne sont pas optimales. En effet, dans la plupart des écoles, l’empathie et les savoir-faire pédagogiques sont limités. S’appuyer sur les forces de chacun en faisant appel au bon sens et peut-être pour les enseignants, chercher de l’aide supplémentaire sont des actions constructives.
  • Avant tout, soyez à l’écoute de votre enfant face à la difficulté qu’il rencontre. Il se sent blessé et énervé. Il n’est pas en mesure de résoudre le problème dans un tel état. Voyez si vous pouvez être chaleureux et assez positif pour l’aider à pleurer un bon coup ou déclencher une colère. Les enfants peuvent souvent travailler sur leurs sentiments de victimisation et trouvent leurs propres solutions aux soucis qui surviennent à l’école, à condition de pouvoir laisser libre cours à leurs émotions à la maison, en pleurant à chaudes larmes s’ils en ont besoin.
  • Laissez votre enfant être maître de la solution. Une fois que votre enfant s’est débarrassé de fortes émotions de colère et après que vous êtes resté à ses côtés sans essayer d’apporter une solution au problème, demandez-lui ce qu’il veut faire. Ecoutez attentivement. Vous aurez sans doute un rôle de médiateur à jouer entre votre enfant et l’enseignant ou en l’aidant à parler avec ses amis. Mais n’imaginez pas qu’il souhaite que vous preniez la situation en charge parce qu’il s’est confié à vous. Bien souvent, les enfants peuvent trouver les solutions après quelques crises de larmes.
  • Dans le cas où votre enfant souhaite que vous vous mettiez en contact avec l’enseignant ou d’autres élèves, écoutez bien avant de tenter de trouver une solution. En effet, il est important que l’autre partie, élève ou enseignant, puisse s’exprimer sur le sujet et donne sa version des faits avant de changer d’avis ou de coopérer et de s’orienter vers une résolution de problème. Si ce n’est pas le cas, l’individu en sera malheureux même si rien ne transparait. Il est possible d’adopter une approche innovante et constructive si les esprits des interlocuteurs se sont un peu libérés de toute cette tension, grâce à l’écoute active d’une tierce personne. Cette dernière doit être impartiale. Ce que vous pensez a de la valeur et trouver une solution est important. Mais savoir écouter les différents protagonistes est aussi vitale que travailler un sol compact et dur avant de planter une nouvelle graine.
  • La résolution du problème est facilitée si les parents, eux aussi, trouvent une oreille attentive. Lorsque nos enfants sont confrontés à l’injustice, nous sommes prêts à remuer ciel et terre pour que cela cesse. Trouver une oreille attentive auprès de laquelle nous pouvons exprimer notre colère, notre frustration ou notre découragement, nous permet de communiquer à nouveau avec notre enfant, leurs amis et leurs professeurs avec un regard neuf. Cela nous permet d’avoir une approche positive au moment où nous pouvons avoir besoin d’intervenir.

En résumé, lorsque nos enfants rencontrent des difficultés, cela nous met en difficulté. Afin d’être de bons alliés et de bons solutionneurs de problème, nous avons besoin de compter sur quelqu’un qui nous écoute, peut-être encore et encore, à propos de comment nous nous sentons et à propos de ce que nous avons déjà essayé. Notre capacité à résoudre des problèmes est à cent pour cent améliorée si nous trouvons une personne pour nous écouter et à qui faire connaître nos peurs et nos frustrations, avant de vouloir aider nos enfants. 

Comment l’écoute peut faire ses preuves

« Ma fille Jamila, avait un mois pour apprendre les cinquante états des Etats-Unis et leurs capitales. Je savais qu’elle aurait besoin d’aide pour cela. Je lui ai proposé de l’aider à apprendre des groupes d’environ six états et capitales à la fois, afin qu’elle étale le travail de mémorisation et qu’elle ne soit pas submergée au dernier moment.

Après avoir mémorisé la première série, elle a senti qu’elle ne pourrait jamais apprendre toutes les capitales. Elle est devenue contrariée et a eu une énorme crise de larmes. Je suis restée avec elle et j’ai tout écouté. Je lui ai dit que je pensais qu’elle pouvait y arriver, mais surtout, j’ai écouté. Quelques jours plus tard, elle a mémorisé la seconde série de six états et leurs capitales, mais de nouveau après, elle a senti que les cinquante seraient trop pour elle. J’ai écouté tandis qu’elle eu une seconde longue crise de larmes, mais cela devenait dur de continuer à écouter. Elle disait, « Je n’apprendrai jamais tout cela. C’est juste impossible ! » encore et encore. Elle se mit à être furieuse contre moi pour essayer de l’aider et pleura fort à propose de mon « interférence. »

Après ce soir là, je commençai à me demander si je m’étais en fait trop impliquée vis-à-vis de ce devoir. C’est dur d’aider mes enfants lorsqu’ils s’énervent contre moi pour l’avoir fait ! Je suis une maman célibataire, donc il n’y a pas de renfort pour elle, pas de renfort pour moi. J’avais un Partenariat d’Ecoute régulier prévu peu de temps après, donc j’y ai amené mes contrariétés. Après avoir travaillé sur combien c’était dur pour moi, je me suis dit que je devais rester confiante vis-à-vis de ma fille et que je devais continuer à écouter. J’espérais que le processus allait fonctionner.

Après cette troisième crise de larmes, tout a changé ! Elle a appris les séries suivantes rapidement et facilement. Un jour elle a pris une série de dix-huit états et capitales et elle les a apprises d’un seul coup. Trois jours avant le test, elle m’a demandé de l’interroger et elle les connaissait tous. Elle était aux anges et je pense émerveillée d’avoir réussi à réaliser quelque chose qu’elle était sûre de ne pas arriver à faire. Elle était tellement fière d’elle-même !

La veille du contrôle, elle était complètement confiante dans le fait qu’elle obtiendrait la note maximale et elle avait même hâte d’y être. Jamila s’était toujours montrée anxieuse vis-à-vis des contrôles donc je ne l’avais jamais vue comme ça avant. Après le contrôle, elle m’a dit qu’elle était triste que ce soit terminé. Elle espérait pouvoir le refaire ! A plusieurs occasions, elle a reparlé de cette expérience d’apprentissage des capitales comme l’un des exploits majeurs de sa vie au niveau des apprentissages et elle m’a remerciée à maintes reprises pour mon aide. Elle est une étudiante plus confiante maintenant. »